Publié le 17 mai 2024

La rentabilité d’un camion électrique au Québec ne dépend pas de son prix d’achat, mais de la maîtrise de son écosystème énergétique complet.

  • Le cumul stratégique des subventions provinciales et fédérales peut couvrir une part majeure de l’investissement initial.
  • La gestion de l’appel de puissance de recharge est la clé pour éviter une explosion des factures d’électricité, un coût souvent sous-estimé.

Recommandation : Auditez la capacité électrique de votre dépôt AVANT d’acheter votre premier camion, et non après, pour anticiper les coûts cachés.

En tant que propriétaire d’une flotte de transport au Canada, le virage vers l’électrique ressemble à un dilemme de taille. D’un côté, la pression réglementaire et la conscience écologique poussent à la décarbonation. De l’autre, le prix d’achat d’un camion électrique, souvent le double de son équivalent diesel, représente un obstacle financier considérable qui freine toute décision. L’hésitation est légitime et se nourrit d’une question centrale : cet investissement massif peut-il vraiment être rentable ?

Les réponses habituelles se concentrent sur les économies de carburant et la réduction des coûts de maintenance. Si ces avantages sont réels, ils ne représentent que la partie visible de l’iceberg. Se focaliser uniquement sur le coût par kilomètre est une vision incomplète qui mène souvent à des surprises coûteuses. La véritable rentabilité ne se trouve pas dans le camion lui-même, mais dans l’intelligence avec laquelle on construit son écosystème de soutien.

Mais alors, si la clé n’était pas simplement de remplacer le diesel par l’électrique, mais plutôt de repenser entièrement la gestion de l’énergie de sa flotte ? La rentabilité des véhicules zéro émission (VZE) est moins une question d’achat qu’une question de stratégie. Elle repose sur trois piliers souvent négligés : l’ingénierie financière des subventions, la maîtrise des coûts énergétiques cachés et une planification rigoureuse de l’infrastructure.

Cet article va au-delà du simple calcul de coût total de possession (TCO). Nous allons décortiquer les mécanismes qui permettent de compenser le surcoût initial, explorer les stratégies pour maximiser les aides financières disponibles au Québec et au Canada, et surtout, exposer les erreurs critiques liées à l’infrastructure énergétique qui peuvent anéantir tous vos efforts de rentabilité.

Pour vous guider dans cette transition complexe, nous aborderons de manière structurée les points essentiels. Cet aperçu vous permettra de naviguer à travers les différentes facettes de l’investissement dans une flotte électrique, de l’analyse financière initiale aux défis opérationnels quotidiens.

Pourquoi l’économie de carburant et de maintenance compense-t-elle le prix du camion en 4 ans ?

Le principal frein à l’adoption des camions électriques reste leur prix d’achat, qui peut être de 100% à 150% supérieur à un modèle diesel équivalent. Cependant, une analyse basée uniquement sur ce coût initial est trompeuse. La rentabilité se mesure à travers le Coût Total de Possession (TCO), qui intègre l’ensemble des dépenses sur la durée de vie du véhicule. Sur ce terrain, le camion électrique révèle des avantages financiers structurels qui finissent par inverser la tendance.

Le premier levier est le coût de l’énergie. Alors qu’un poids lourd diesel consomme entre 35 et 45 dollars de carburant aux 100 km, le coût énergétique d’un camion électrique rechargé au dépôt oscille entre 15 et 25 dollars. Cette économie de 40% à 50% sur le poste « carburant » est considérable. Le second levier est la maintenance. Un moteur électrique contient beaucoup moins de pièces mobiles qu’un moteur à combustion : pas de vidanges d’huile, pas de remplacement de filtres à carburant, de bougies ou de systèmes d’échappement complexes. Cette simplicité mécanique se traduit par des coûts d’entretien réduits et une immobilisation moindre des véhicules.

En combinant ces économies, le point de bascule de rentabilité se situe généralement autour de la 4ème ou 5ème année, comme le confirme une analyse récente du TCO des flottes commerciales. De plus, avec les réglementations environnementales qui se durcissent, la valeur de revente d’un camion diesel est vouée à chuter, tandis que celle d’un camion électrique devrait mieux se maintenir.

Pour visualiser clairement cet arbitrage financier, le tableau suivant compare les postes de coûts majeurs entre les deux technologies.

Comparaison des coûts de possession : camion électrique vs diesel
Élément de coût Camion diesel Camion électrique Avantage
Prix d’achat initial Base +100% à 150% Diesel
Coût carburant/énergie 35-45$/100km 15-25$/100km Électrique (-40 à -50%)
Maintenance Élevée (vidanges, filtres) Réduite (moins de pièces mobiles) Électrique
Valeur de revente post-2035 Dépréciée (interdictions) Maintenue Électrique

Comment obtenir le maximum du programme Écocamionnage du Québec pour votre achat ?

L’investissement initial dans un camion électrique reste élevé, mais les gouvernements provincial et fédéral ont mis en place des programmes d’aide financière robustes pour accélérer la transition. La clé n’est pas seulement de connaître leur existence, mais de maîtriser leur cumul pour maximiser le soutien financier. Il s’agit d’une véritable ingénierie financière des subventions.

Au Québec, le programme phare est Écocamionnage. Récemment renforcé, il offre une aide substantielle pour l’acquisition de véhicules lourds zéro émission. Pour un camion lourd de classe 7 ou 8, cette subvention peut atteindre 175 000 $. L’engagement du gouvernement est clair, puisque le gouvernement du Québec a confirmé un soutien renforcé de 415 millions de dollars sur 5 ans pour ce programme.

Ce qui rend la stratégie particulièrement intéressante est la possibilité de cumuler cette aide provinciale avec le programme fédéral des Incitatifs pour les véhicules zéro émission moyens et lourds (iVZE). Ce programme peut ajouter jusqu’à 200 000 $ d’aide pour le même type de camion. En combinant intelligemment ces deux programmes, une entreprise peut donc obtenir jusqu’à 375 000 $ de subvention par camion, réduisant drastiquement l’investissement initial. Il est également possible d’ajouter des aides pour l’installation des bornes via le volet commercial du programme Roulez Vert.

Le schéma suivant illustre la convergence de ces aides, qui constitue la première étape de la rentabilisation de votre investissement.

Représentation visuelle du processus de demande de subvention avec formulaires et étapes clés

La réussite de ces démarches repose sur une préparation méticuleuse du dossier, notamment en s’assurant que le véhicule choisi est bien sur la liste des technologies admissibles et que la demande est soumise avec toutes les informations requises, comme le numéro d’inscription au registre de la Commission des transports du Québec (CTQ), pour éviter tout rejet administratif.

Électrique, GNC ou Hydrogène : quelle énergie choisir pour des trajets régionaux de 400 km ?

Le choix de la motorisation alternative ne doit pas être un acte de foi, mais un arbitrage énergétique pragmatique basé sur vos réalités opérationnelles. Pour des trajets régionaux typiques de 400 km, plusieurs technologies sont en lice, chacune avec ses forces et ses faiblesses, particulièrement dans le contexte climatique canadien.

Le camion 100% électrique à batterie (VÉB) est souvent le premier choix en raison de son efficacité énergétique et de ses émissions locales nulles. Cependant, son principal défi est l’autonomie, qui peut être affectée par les conditions météorologiques. En effet, par temps de grand froid (-20°C), phénomène courant en hiver au Québec, l’autonomie d’un camion électrique peut chuter de 20% à 30%. Un camion affichant 400 km d’autonomie en conditions idéales pourrait n’en parcourir que 280 à 320 km, ce qui exige une planification rigoureuse des itinéraires et des recharges.

Le Gaz Naturel Comprimé (GNC) offre une autonomie plus stable face au froid et un temps de ravitaillement rapide (environ 15 minutes), comparable à celui du diesel. Bien qu’il réduise les émissions par rapport au diesel, il n’est pas « zéro émission ». L’hydrogène (VÉH), quant à lui, combine les avantages de l’électrique (zéro émission locale) et du GNC (ravitaillement rapide et bonne performance par temps froid). Cependant, le principal obstacle pour le GNC et l’hydrogène reste la disponibilité très limitée de l’infrastructure de ravitaillement sur les corridors de transport majeurs au Canada.

Ce tableau synthétise les critères de décision clés pour un trajet de 400 km dans un contexte canadien.

Comparaison des technologies alternatives pour trajets régionaux de 400km
Critère Électrique GNC Hydrogène
Autonomie à -20°C 280-320 km 400 km 380 km
Temps de ravitaillement 45-90 min 15 min 20 min
Coût carburant/100km 15-25$ 28-35$ 40-50$
Infrastructure Canada En expansion Limitée Très limitée
Émissions locales Zéro Réduites Zéro

L’erreur d’acheter des camions électriques sans vérifier la capacité électrique de votre garage

L’une des erreurs les plus coûteuses dans la transition vers l’électrique est de se concentrer sur le véhicule en oubliant l’infrastructure qui le soutient. Acheter une flotte de camions électriques sans avoir préalablement audité et mis à niveau la capacité électrique de votre dépôt est la recette pour un goulot d’étranglement énergétique et des dépenses imprévues massives.

La recharge de plusieurs poids lourds simultanément représente un appel de puissance considérable, que la plupart des installations industrielles standards ne sont pas conçues pour supporter. L’installation de bornes de recharge rapide (DC) et le raccordement nécessaire au réseau peuvent représenter un investissement additionnel significatif. En effet, au Canada, ces travaux peuvent coûter de 20 000 à plus de 100 000 $CAD, voire beaucoup plus selon la complexité du site et la nécessité de rehausser la puissance auprès du fournisseur d’électricité comme Hydro-Québec.

Ignorer cette étape préliminaire peut entraîner des conséquences graves : impossibilité de recharger tous les véhicules à temps, disjonctions fréquentes, et surtout, des coûts d’électricité exorbitants dus aux pics de demande. L’audit électrique n’est donc pas une option, mais une étape fondamentale de votre projet de décarbonation. Il doit être mené par un maître électricien certifié pour évaluer précisément vos besoins actuels et futurs.

Cette infrastructure est le cœur de votre nouvelle opération logistique. L’image suivante donne un aperçu de la complexité des installations nécessaires pour alimenter une flotte moderne.

Vue technique d'une installation électrique de dépôt avec transformateur et bornes de recharge

Pour éviter les mauvaises surprises, une approche méthodique est indispensable. L’audit doit non seulement quantifier les besoins en puissance (kW) et en énergie (kWh), mais aussi explorer des solutions intelligentes comme le stockage par batterie (BESS) pour écrêter les pointes ou des systèmes de gestion de charge.

Votre plan d’action pour l’audit électrique de votre flotte

  1. Mandater un maître électricien certifié pour évaluer la capacité actuelle du site.
  2. Analyser le rapport d’audit pour identifier les besoins en puissance (kW) et énergie (kWh) de la flotte cible.
  3. Soumettre une demande de rehaussement de puissance auprès d’Hydro-Québec ou de votre fournisseur provincial si nécessaire.
  4. Évaluer l’option d’un système de stockage d’énergie par batterie (BESS) pour gérer les pics de demande.
  5. Planifier l’implémentation d’un système de gestion de charge intelligent (Smart Charging) pour optimiser la recharge.

Quand recharger vos véhicules pour ne pas impacter les heures de livraison client ?

L’intégration de camions électriques modifie en profondeur la planification logistique. La question n’est plus seulement « où » recharger, mais surtout « quand ». Une stratégie de recharge mal conçue peut entraîner des retards de livraison, des camions immobilisés aux heures de pointe et des coûts énergétiques élevés. L’objectif est de transformer cette contrainte en un avantage compétitif grâce à la recharge intelligente.

La solution la plus efficace pour les flottes régionales et de livraison urbaine est la recharge nocturne au dépôt. Cette approche permet de profiter de plusieurs avantages. Premièrement, elle n’empiète pas sur les heures d’opération, garantissant que les véhicules sont pleinement chargés et prêts à partir chaque matin. Deuxièmement, elle permet de bénéficier de tarifs d’électricité plus bas durant les heures creuses, généralement entre 23h et 5h du matin.

Des systèmes de gestion de charge (ou « Smart Charging ») sont essentiels pour mettre en œuvre cette stratégie. Ces logiciels optimisent le processus de recharge en séquençant l’alimentation des véhicules pour éviter de dépasser la puissance maximale souscrite du site, tout en s’assurant que chaque camion atteigne le niveau de charge requis avant le début de sa tournée. Une étude de cas portant sur l’optimisation selon la tarification d’Hydro-Québec a montré qu’en utilisant la recharge dynamique hors des heures de pointe, une flotte peut économiser jusqu’à 40% sur ses coûts d’électricité. C’est un levier de rentabilité majeur.

Pour les opérations longue distance, la stratégie est différente et repose sur la « recharge d’opportunité ». Elle consiste à utiliser les pauses obligatoires des chauffeurs pour effectuer des recharges rapides sur des bornes publiques. Cette approche nécessite une planification minutieuse des itinéraires en fonction de la disponibilité des bornes haute puissance sur le trajet. Dans tous les cas, l’objectif est le même : assurer la continuité des opérations sans faire exploser les coûts.

Pourquoi votre facture d’électricité explose-t-elle même si vous consommez peu de kWh ?

L’un des chocs les plus courants pour les nouveaux opérateurs de flottes électriques est de recevoir une facture d’électricité anormalement élevée, même avec une consommation en kilowattheures (kWh) qui semble raisonnable. Cette situation déroutante provient d’une méconnaissance d’un élément clé de la tarification électrique pour les entreprises : l’appel de puissance (ou demande de pointe).

Votre facture d’électricité se compose de deux éléments principaux : l’énergie consommée (en kWh), qui est le volume d’électricité utilisé, et la puissance appelée (en kW), qui correspond au pic de demande le plus élevé enregistré sur une courte période (souvent 15 minutes) durant le mois. Les fournisseurs comme Hydro-Québec facturent lourdement ce pic, car il les oblige à dimensionner leur réseau pour répondre à cette demande maximale, même si elle n’est que ponctuelle. Ainsi, brancher plusieurs camions en même temps au début de la soirée peut créer un pic de puissance massif qui fera exploser votre facture, même si la recharge totale dure plusieurs heures.

Le secret pour maîtriser vos coûts n’est donc pas seulement de consommer moins, mais surtout de « lisser » votre consommation pour éviter ces pics. C’est là que les technologies de gestion intelligente de l’énergie deviennent indispensables. Voici plusieurs solutions pour réduire vos appels de puissance :

  • Installer un système de gestion de charge intelligent : Il séquence automatiquement la recharge des véhicules pour ne jamais dépasser un seuil de puissance prédéfini.
  • Déployer une batterie stationnaire (BESS) : Elle se charge en heures creuses et restitue l’énergie durant les pics (peak shaving), agissant comme un tampon pour le réseau.
  • Négocier un tarif adapté : Discutez avec votre fournisseur pour obtenir un contrat qui correspond mieux à votre nouveau profil de consommation.
  • Intégrer des sources d’énergie renouvelable : Des panneaux solaires sur le toit de votre dépôt peuvent fournir une partie de l’énergie nécessaire et réduire la demande sur le réseau.

Comprendre et maîtriser l’appel de puissance est sans doute l’aspect le plus critique pour assurer la viabilité économique de votre transition vers l’électrique. C’est le passage d’une simple gestion de flotte à une véritable gestion énergétique.

Pourquoi laisser tourner le moteur à l’arrêt vous coûte-t-il 2000 $CAD par camion par an ?

Un coût souvent invisible mais bien réel dans l’exploitation d’une flotte diesel est celui du temps de marche au ralenti. Que ce soit pendant les livraisons, les attentes ou le préchauffage en hiver, chaque minute où le moteur tourne sans que le camion ne roule représente une pure perte financière et une source de pollution inutile. Avec les camions électriques, ce coût disparaît presque entièrement.

Un moteur diesel au ralenti consomme en moyenne 3 à 4 litres de carburant par heure. En supposant seulement deux heures de ralenti par jour de travail, cela représente plus de 2000 litres de diesel gaspillés par an et par camion. Au prix moyen du carburant au Canada, incluant la taxe carbone, la facture s’alourdit rapidement. À cela s’ajoute l’usure prématurée des composants du moteur comme le filtre à particules (DPF) et la vanne EGR, qui ne sont pas conçus pour fonctionner à bas régime de manière prolongée. Au total, le coût du ralenti peut facilement atteindre, voire dépasser, 2000 $CAD par an et par camion.

Un camion électrique, en revanche, ne consomme quasiment pas d’énergie à l’arrêt, hormis pour les systèmes auxiliaires comme le chauffage ou la climatisation. Le coût horaire de « ralenti » d’un camion électrique est de l’ordre de quelques dizaines de cents, soit une économie de plus de 90% par rapport à un diesel. De plus, cela élimine les nuisances sonores et les amendes potentielles liées aux réglementations municipales qui limitent le temps de marche au ralenti.

La différence est flagrante lorsque l’on compare directement les coûts et les impacts des deux technologies à l’arrêt.

Coût du ralenti : diesel vs électrique
Aspect Camion diesel Camion électrique Économie
Consommation au ralenti 3-4 L/h 2-3 kWh/h 90%
Coût horaire 5-7 $CAD 0.30-0.50 $CAD 93%
Émissions sonores 70-80 dB Silencieux 100%
Amendes potentielles 100-500 $CAD Aucune 100%

À retenir

  • Le coût total de possession (TCO) d’un camion électrique devient plus avantageux que celui d’un diesel en 4 à 5 ans grâce aux économies d’énergie et de maintenance.
  • La gestion de l’appel de puissance est le facteur le plus critique pour maîtriser les coûts d’électricité ; il est plus important que la consommation en kWh.
  • Le cumul stratégique des subventions (Écocamionnage provincial et iVZE fédéral) est un levier majeur pour réduire l’investissement initial de manière drastique.

Infrastructure de recharge pour VZE : comment éviter le goulot d’étranglement énergétique ?

Maintenant que les avantages financiers et les pièges énergétiques sont clairs, la mise en œuvre pratique de la transition repose sur un déploiement intelligent de l’infrastructure de recharge. L’approche « tout ou rien » est rarement la bonne. Il est préférable d’adopter une stratégie progressive qui aligne l’investissement (CAPEX) sur les besoins réels de la flotte, tout en anticipant la croissance future. L’objectif est de construire une infrastructure robuste sans surdimensionnement coûteux.

Une planification par phases permet de lisser l’investissement et de tirer des leçons à chaque étape. La première phase consiste souvent à installer des chargeurs de niveau 2 (7-22 kW), parfaits pour la recharge nocturne de base. Ils sont moins chers et plus simples à installer. La phase suivante peut consister à ajouter un ou deux chargeurs rapides DC (50-150 kW) pour les besoins de recharge urgents en journée ou pour les véhicules à plus forte rotation. Cette approche modulaire évite de créer un goulot d’étranglement tout en maîtrisant les coûts.

De plus, de nouveaux modèles économiques émergent, comme le « Charging-as-a-Service » (CaaS), où un fournisseur tiers prend en charge l’installation, la maintenance et l’exploitation de l’infrastructure de recharge moyennant un abonnement. Ce modèle permet de transformer un investissement CAPEX en une dépense opérationnelle (OPEX), ce qui peut être très attractif pour les entreprises souhaitant préserver leur capital. Enfin, il est judicieux de préparer l’avenir en s’assurant que l’infrastructure est prête pour des technologies comme le Vehicle-to-Grid (V2G), qui permettra un jour à vos camions de réinjecter de l’électricité dans le réseau. Les projections montrent que d’ici 2030, le TCO sur 7 ans d’un camion électrique sera inférieur à celui d’un camion diesel, rendant la planification à long terme encore plus cruciale.

Voici un plan de déploiement progressif que vous pouvez adapter :

  1. Phase 1 : Installer des chargeurs niveau 2 (7-22 kW) pour la recharge nocturne de base.
  2. Phase 2 : Ajouter 1-2 chargeurs rapides DC (50-150 kW) pour les besoins urgents et les appoints.
  3. Phase 3 : Évaluer le modèle « Charging-as-a-Service » (CaaS) pour externaliser l’investissement.
  4. Phase 4 : Explorer la mutualisation de l’infrastructure avec des entreprises voisines pour partager les coûts.
  5. Phase 5 : S’assurer que l’installation est compatible avec les technologies futures comme le V2G.

La transition vers une flotte électrique est bien plus qu’un simple changement de technologie ; c’est une transformation stratégique de votre modèle opérationnel et énergétique. Pour concrétiser votre projet et évaluer avec précision la rentabilité pour votre flotte, l’étape suivante consiste à réaliser un audit énergétique et financier complet de vos opérations actuelles et futures.

Rédigé par Luc Tremblay, Directeur des opérations de flotte et ancien camionneur avec 25 ans d'expérience sur les routes canadiennes. Spécialiste de la gestion des coûts de carburant, de l'entretien préventif par grand froid et de la rétention des chauffeurs.